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Opinion : Le solaire au cœur de la coopération méditerranéenne

Le 06 novembre 2017

Mohamed Saïd Beghoul, expert en énergie, répond aux questions de El Moudjahid. Il défend son point de vue selon lequel, au coeur de  la coopération énergétique méditerranéenne, « Le solaire est l'atout maître de l’Algérie ». 

Une Communauté énergétique réunissant les pays méditerranéens, ses conditions de réussite, la place de l’Algérie dans cette nouvelle vision qui se dessine, l’équilibre qu’on continue toujours à chercher entre l’impérative protection du climat et l’accès le moins cher possible à l’énergie. S’ajoutent d’autres éclaircissements, expliqués avec force arguments, par l’universitaire. Entretien.

El Moudjahid : Nouvelle géopolitique mondiale du pétrole et du gaz, volonté de développer des énergies renouvelables et « décarbonées », opportunité de développer un secteur de l’énergie porteur de valeur- ajoutée… N’est-ce pas une invitation pressante aux pays méditerranéens pour une coopération plus étroite, et définir un nouveau partenariat énergétique ?

Mohamed Saïd Beghoul : En principe, tous les pays méditerranéens engagés dans les textes de la COP21 sont en faveur d’une politique énergétique commune, et notamment en matière d’un meilleur développement des énergies renouvelables, dans le cadre d’un programme de transition énergétique à l’horizon 2040.

L’objectif de ce programme, qui couvre 25 pays de la Méditerranée, consiste en des mesures visant à réduire de 30% la demande d’énergie primaire, à augmenter à 27% la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la région, à réduire de deux tiers les importations d’énergies fossiles, etc. Mais tous les pays du bassin méditerranéen n’ont pas le même type d’économie, ni le même mix énergétique, encore moins les mêmes visions à long terme.

Certains pays de la rive sud, ne vivant que du pétrole et du gaz, ne trouveront pas chaussure à leur pied dans la réduction des importations des énergies fossiles par les pays industrialisés de la rive nord. Il est donc très difficile de s’attendre à des partenariats gagnants-gagnants, d’autant plus que l’Assemblée nationale française, gardienne de l’Accord de Paris, vient de voter, le 10 octobre dernier, par 316 voix, contre 69, le projet de loi mettant progressivement fin, d’ici à 2040, à la recherche et exploitation des hydrocarbures conventionnels et non conventionnels, ainsi qu’aux contrats y afférents, en essayant de convaincre d’autres pays à faire de même. Il y a 3 ou 4 jours, le Premier ministre algérien, M. Ouyahia, a déclaré que l’exploitation du gaz de schiste algérien sera confiée à des compagnies américaines.

N’est-ce pas un choix stratégique en réponse à la décision française de compromettre les chances de la coopération euro-méditerranéenne en matière d’énergies fossiles ?

Quelles sont les actions structurantes qui pourraient conduire à la mise en œuvre d’une Communauté euro-méditerranéenne de l’énergie ?

C’est vrai que les pays méditerranéens, comme centre du monde, occupent une position géographique stratégique, représentent 7% de la population mondiale, avec 450 millions d’habitants et consomment 10% de l’énergie primaire mondiale. Des indicateurs qui m’amènent à dire qu’il y a effectivement nécessité de mettre en œuvre une communauté énergétique bien soudée où chaque pays membre trouvera son compte. Cependant, les actions qui pourraient conduire à cette communauté semblent un peu compromises. Il faut que les États régionaux soient d’abord mutuellement en bonne relation les uns avec les autres, avant de s’unir autour d’un même méga-objectif. Il est clair que dans les conditions actuelles, les pays du Maghreb seraient un des maillons faibles d’une éventuelle communauté euro-méditerranéenne. Et le côté européen n’est pas en reste. Aussi, la France, qui vient de décider de combattre les énergies fossiles, a, du coup, mis en veilleuse les ambitions des rentiers de la rive sud à nouer des partenariats dans les hydrocarbures avec les firmes européennes. Tout porte à croire qu’avec la politique énergétique des pays de la rive nord, d’une part, et les tensions et conflits d’intérêts entre les pays de la rive sud, d’autre part, voir naître une communauté énergétique avec un véritable partenariat multilatéral est utopique.

En quoi et comment l’Algérie peut-elle s’imposer comme un maillon incontournable de cette communauté ?

Pour l’heure, l’Algérie a un potentiel en hydrocarbures, notamment gazier, non négligeable au sein du bassin méditerranéen. Malgré que sa part de marché a chuté de 16%, dans les années 1990, à 8%, aujourd’hui, l’Algérie reste le troisième fournisseur de gaz à l’Europe, derrière la Russie (38%) et la Norvège (30%). Cependant, l’arrivée à terme de certains contrats gaziers dès 2019, et la possibilité de les renégocier pour une durée à moyen terme de 5 ou 6 ans, et avec des prix spot, risquent de peser encore sur la part de marché algérienne, d’autant plus que d’autres entrants, comme l’Australie et surtout le Qatar, dont la part de marché actuelle est de 4%, sont de plus en plus de la partie. L’avantage concurrentiel du gaz algérien est qu’il est aux portes de l’Europe, son marché pertinent, et son exportation se fait rapidement et essentiellement par gazoducs, contrairement aux gaz GNL qatari ou australien, beaucoup plus onéreux et livrés en modestes quantités. Mais, dans environ une quinzaine d’années, au rythme de la situation actuelle de l’industrie gazière algérienne, toutes choses étant égales par ailleurs, le principal marché pour le gaz algérien risque d’être le marché intérieur. En revanche, avec un réseau de transport par gazoducs, totalisant 170.000 km et une livraison actuelle de 180 milliards de mètres cubes par an à l’Europe, le gaz russe reste le plus incontournable pour les besoins européens et pour longtemps encore, malgré les facteurs géopolitiques. Le seul créneau où l’Algérie pourrait s’imposer, à l’avenir, est celui de l’énergie solaire, mais il va falloir y investir très sérieusement et rapidement en nouant des partenariats, voire des joint-ventures avec les firmes spécialisées européennes, dans le cadre du plan de transition énergétique encouragé par l’Union européenne elle-même.

Outre la maîtrise de la demande en énergie, le dessalement est une solution pour accroître l’offre, mais celle-ci est énergivore, et pose un problème à la fois en termes de concurrence pour l’usage de l’énergie et d’environnement. L’énergie solaire pourrait-elle contribuer à desserrer ces contraintes et tensions ?

Comme dans tous les pays à faible pluviométrie, arides ou semi-arides, l’Algérie a des ressources hydriques assez faibles, et le recours au dessalement de l’eau de mer est une nécessité, pour répondre aux besoins de la population en eau, et en particulier dans les villes du littoral. Il doit y avoir une vingtaine de stations de dessalement d’eau de mer qui fournissent près de 3 millions de mètres cubes d’eau potable par jour, et cela reste insuffisant. Mais multiplier le nombre de stations équivaut à consommer davantage d’énergie, du fait que la technique la plus utilisée est une sorte d’usine thermique qui consiste à chauffer l’eau de mer pour en extraire l’eau douce, et cette chaleur provient de l’électricité générée par les hydrocarbures. Le coût moyen d’un mètre cube d’eau dessalée tournerait autour de 70 DA, soit l’équivalent d’une consommation de 3 mètres cubes de gaz par mètre cube d’eau dessalée. Chez nous, les coûts sont un peu élevés du fait que notre littoral se trouve loin des gisements pétroliers, contrairement, par exemple, à l’Arabie saoudite où la chaleur perdue par les centrales électriques à pétrole est récupérée quasi gratuitement, les gisements étant proches de la mer. Pour l’Algérie, le degré d’ensoleillement du littoral est loin d’être celui du Sahara, et l’alimentation des stations de dessalement par l’énergie solaire pourrait être plus coûteuse, pour le moment.

L’arbitrage délicat, appelons-le ainsi, est celui qui assure à la fois la protection du climat et l’accès le moins cher possible à l’énergie. Comment trouver l’équilibre, voire le juste milieu ?

L’idéal, c’est d’avoir le beurre et l’argent du beurre, mais ce n’est pas aussi évident à généraliser sur l’ensemble des acteurs. C’est plutôt « faites ce que je dis, et non ce que je fais » qui prédomine. Cette politique de protection du climat à laquelle se plient uniquement les petits pollueurs a aussi un coût en termes de sacrifices, de concessions et d’investissements, lequel coût va contrebalancer les modestes contributions dans la protection de l’environnement. La règle générale est que tout le monde cherche une énergie très disponible et à bon marché, mais le souci du climat ne motive que très peu les grandes puissances comme la Chine et les États-Unis qui consomment, à eux seuls, 2.5 milliards de tonnes par an de charbon, soit 63% de la consommation mondiale, sans se soucier du climat. Il n’y pas d’équilibre ni de juste milieu. Cela n’existe que sur du papier ou dans les discours.

Article publié par le CDER, partenaire SoMed.